Hier, une amie m'écrit ceci, suite à un post sur les traumas, des choses remontent comme:
- la croyance: "je porte malheur à tout qui me veut du bien"
- la honte, imbriquée au sein même des cellules, intimement liée à l'identité, si bien que la jeter serait jeter une partie de soi. Elle écrit: "si la honte doit changer de camp", ça n'est possible qu'en enlevant cette nuisance qui a poussé tel un lierre qui a planté ses crampons dans tous les sens. Et il faut parfois arracher des parts de soi.
J'ai décidé de répondre à ce commentaire (public) via un post car il me semble que la réponse mérite d'être lue par tout le monde.
Commençons par "le plus facile", la croyance: "je porte malheur à tout qui me veut du bien". Cette croyance (limitante, évidemment), je l'avais moi aussi, avec toutes ses variantes, comme "si j'aime quelqu'un, il va mourir", ou "puisque je porte malheur à ceux qui m'aiment, autant que je les fuies", et pire encore: "autant fréquenter des gens qui ne m'aiment pas/ mourir seule avec mes chats".
Ce type de croyance, c'est le conte de fées que l'enfant - seul dans son lit et terrorisé - s'invente pour donner du sens au monde qui l'entoure, à ce qu'il vit, aux circonstances. Cela témoigne souvent d'un grand isolement, soit réel (négligence émotionnelle des parents, absence systématique, violences domestiques), soit ressenti (les parents sont là, présents, mais ne "comprennent" pas les besoins de leur enfant et ne peuvent pas l'aider à poser des mots justes sur les choses).
Imaginons: une grand-mère donne un biscuit à l'enfant, qui n'en reçoit habituellement pas (pour de bonnes raisons comme une intolérance). En parallèle, au cours de la réunion de famille, la grand-mère décède (elle est cardiaque). Tout le monde s'affaire autour de ça, on oublie l'enfant de 3 ans, "il ne comprend rien de toute façon". Alors qu'en fait, plus précisément, l'enfant comprend très bien que sa grand-mère est morte, ce qu'il ne comprend pas, c'est pourquoi. Alors il cherche, il "brode" avec ce qu'il a. Et la conclusion lui apparait: "mamy est la seule qui prend bien soin de moi (elle m'a donné un biscuit, elle) et puis elle est morte, c'est sûr, c'est à cause de moi qu'elle est morte, "le bon dieu l'a puni" parce qu'elle n'a pas fait comme les autres, nier mes besoins (de petit lus chocolatés)".
L'enfant s'invente un scénario: "si on m'aime, on est en danger. M'aimer, ça porte malheur". Pour lui, si les autres sont indifférents à lui, c'est par protection. Il va donc intégrer que si les autres ne sont pas affectifs par rapport à lui, c'est pour préserver leur vie, que c'est normal. Il va donc s'habiter à être entouré de personnes qu'il juge indifférentes à lui, et petit à petit, cela va devenir son standard: "je peux fréquenter des gens, mais il ne faut pas que ça soit chaleureux, autrement, ça devient risqué pour eux". On se retrouve donc à l'âge adulte avec un joli trouble de l'attachement (évitant, anxieux, désorganisé...).
J'ai pris un exemple "bateau" pour montrer que le trauma et son florilège de traumas secondaires peut s'insérer n'importe où, n'importe quand. Mais il va de soi que ces croyances vont s'installer plus vite et plus fort dans des contextes marqués, comme la mère qui se met entre un père violent et son fils et se prend une raclée. Ou la mère qui va aller au tribunal contre un père qui ne paie pas la pension alimentaire, et va se retrouver "retournée" par l'avocat et finir par devoir payer, elle, une pension, pour son ex, prendre un deuxième boulot pour joindre les deux bouts, ne plus avoir de temps pour ses enfants, déprimer...
L'enfant fait ce qu'il peut avec ce qu'il a. D'où l'importance de créer des espaces de dialogue avec lui, toujours, et de ne jamais rire de ce qu'il croit, des conclusions auxquelles il arrive. Toujours prendre la peine de décoder avec lui, et d'aller remettre du sens. Et surtout: de construire l'idée que rien n'est de sa faute.
RIEN. Car même en admettant qu'une dispute aurait éclaté "à cause de lui" (par ex pour des jouets non rangés), l'enfant n'a pas la maturité nécessaire pour comprendre qu'une simple tâche du quotidien peut avoir des répercussions "énormes", et par ailleurs, ce n'est pas lui l'adulte, celui qui doit normalement pouvoir contrôler ses réactions. Il n'est pas responsable de l'immaturité des adultes autour de lui. JAMAIS.
La croyance en une responsabilité est le lit de la culpabilité, de la honte, et cela, c'est la pire magie noire que je connaisse. Souvent, en séance, je vous invite, non pas à pardonner (et puis quoi encore, tendre l'autre joue?) mais bien à déposer la culpabilité qui vous envahit. Comme le décrit mon amie, il s'agit bien d'un lierre qui a planté ses crampons partout.
Prenons un exemple: après un viol, on peut se dire "coupable" de plaire. On va donc se restreindre. Ne plus prendre soin de soi. Baisser la voix, les yeux. Et petit à petit, on peut croire que c'est "nous", un trait de caractère, notre identité. Que nous sommes timide, réservée, pudique. Alors que non: nous sommes terrorisé. Nous avons peur que ça recommence.
Les réponses traumatiques (parmi les plus courantes, les 4F ou les "masques" des blessures de l'enfance) sont ce qu'elles sont: un mécanisme de défense au moment même. Une réponse reptilienne qui a juste comme effet de nous sauver la vie - physiquement, mais aussi d'un point de vue mental, une réponse qui donne du sens pour nous éviter à en chercher désespéremment, à en devenir fou.
La seule manière de s'en défaire, c'est de permettre au corps et à la tête d'expérimenter d'autres manières de faire, qui nous gardent en sécurité ET sont plus satisfaisantes que la réponse habituelle. Petit à petit, remplacer A par B. Dans la réalité, avec l'aide du "fanstasme". Le fantasme, c'est se créer une réalité "non ordinaire" où l'on est en sécurité. On peut le faire au quotidien, c'est le principe d'anticipation: je vais aller à cet examen et tout va bien se passer parce que .... On peut le faire aussi avec le passé, et aller réécrire l'histoire, pour inventer un meilleur scénario, comment les choses auraient du se passer pour qu'on aille mieux. C'est la "guérison des souvenirs".
Cette guérison va nous faire comprendre que nous ne sommes pas le trauma. Cette guérison va nous faire comprendre que nous n'avons pas à abandonner une part de soi mais bien à identifier un trauma, de mesurer l'ampleur du mal qu'il continue à nous faire, et à le déposer pour, justement, aller se rechercher soi, la petite fille bloquée quelque part, toute seule face au danger.
Nous ne sommes pas la honte, la culpabilité et le mal que l'on nous a fait. Nous sommes "autre chose". Quand nous avons eu la "chance" de vivre un trauma identifié dans un cadre par ailleurs bienveillant et permettant la construction de l'identité, il est "facile", en tous cas plus aisé, d'aller se "rechercher". Quand le trauma est multiple, et pire encore "diffus", il est compliqué d'aller identifier les traumas... et souvent alors, se pose la question de "mais qui suis-je, au fait"?
Et c'est ça, la pomme pourrie : nous n'avons jamais eu l'ocasion de le découvrir. Nous sommes là, comme une plume portée par le vent. Nous nous sommes adapté à tout, comme une pâte à crêpe dans une poêle.
Se retrouver. Pleinement.
Couper les ronces pour enfin aller voir qui se cache derrière.
Comprendre que les ronces ne nous appartiennent pas.
Que nous sommes à la fois plus que ça, et rien de ça.
C'est un chemin long, difficile, une vraie quête comme les récits de chevalier. Où l'on se perd parce que l'on se cherche, où on doit laisser tomber tellement de "protections", ancrées en nous depuis si longtemps, que ça peut donner le vertige, et pire, la sensation de coquille vide.
Je ne peux que te dire que je l'ai fait et que je ne le regrette pas. Car tout au fond, il y avait bien quelque chose. Un précieux, comme on dirait. Un joyau.
Mon âme intacte.
Tu peux le faire, toi aussi. Et je peux t'aider avec le combo d'outils idéaux pour ça, dont mon protocole de guérison des souvenirs et la technique de constellation familiale adaptée à la gestion des traumas, sans oublier d'aider le corps à se réinitialiser.
N'aie pas peur.
Personne n'est maudit.
Personne n'est une mauvaise herbe.
Contacte-moi par whatsapp au +32 492 23 93 00 si tu ressens le besoin d'un accompagnement, ou par email (lamensoireiki@gmail.com)
Fanny